" (… ) Dans cette nébuleuse berbère, sur toute l'étendue de son territoire,
le chant et la poésie courent à l'unisson de l'impalpable instant de la vie,
tandis que s'ouvre le royaume du mythe et de la légende.
C'est l'invite à retenir son souffle, bannir l'inutile bavardage, voir et écouter. Voir, admirer longtemps ce que les hommes ont bâti,
le style qu'ils ont imprimé de leurs mains à cette terre, matière de leurs rêves
et de leurs désirs.
Ils ont gardé dans les champs fertiles de leur mémoire, de leur imaginaire,
e secret d'un art de bâtir qui a bu le temps et effacé la trace de ses origines.
C'est la demeure de l'homme qu'ils ont voulu édifier, à sa mesure,
à la mesure humaine de sa famille, de ses enfants, de l'hôte qu'il accueille.
Ils l'ont voulue belle mais sans l'arrogance d'un palais, accordée qu'elle est
à la sobriété et à la rigueur de leur vie, sachant imprégner de cette terre crue, respectée, d'une intense spiritualité.
Un pas, franchissez le seuil, un pas dans cette simplicité élémentaire,
et insensiblement des voix vous parlent, évoquant des temps bibliques, l'homme encore présent à lui-même ; la maison qui l'abrite ne le sépare
ni de l'autre, son semblable, ni de la nature. "

 

Amram El Maleh
In "Citadelles du désert"